Environ 80% de la population africaine dépend directement ou indirectement de l’agriculture pour sa subsistance. L’agriculture offre en effet 70% des emplois à temps plein en Afrique, un tiers du total du Produit Intérieur Brut (PIB) et 40% des revenus de l’exportation. La performance économique d’ensemble de l’Afrique est par conséquent inextricablement liée à la performance de son secteur agricole.
Il existe un
potentiel énorme pour la croissance agricole en Afrique. En effet, le continent
africain représente douze fois la superficie de l’Inde qui a atteint une autosuffisance
alimentaire avec deux fois plus de personnes à nourrir. En dépit du VIH/SIDA,
l’Afrique a une main d’œuvre de plus en plus importante et une gamme de plus en
plus importante de technologies agricoles à hauts rendements et de systèmes
agricoles améliorés. Les fossés profonds entre les rendements réels et
potentiels et ceux qui sont réalisés offrent des opportunités d’accroître la
productivité. L’urbanisation rapide crée des marchés locaux pour les produits
agricoles; et la libéralisation et la mondialisation du commerce favorisent
l’accès à des marchés étrangers. Accroître le rendement de la majorité des
petits agriculteurs permettrait d’accroître les revenus des familles dans les
zones rurales et d’améliorer la sécurité alimentaire. Cela permettrait
également de réduire les prix des aliments dans les zones urbaines et de
stimuler le reste de l’économie. Il a été démontré qu’une augmentation de
1% de la productivité agricole réduit la pauvreté de 0,6% en
Afrique. Par conséquent, une stratégie de croissance par les petits
agriculteurs a le potentiel d’avoir des impacts significatifs sur la sécurité
alimentaire et la réduction de la pauvreté. La croissance annuelle de 2,5% par
an observée depuis 1980 dans la production agricole en Afrique prouve qu’une
partie de ce potentiel est en train d’être réalisé.
Au cours des dix dernières années, la situation de la gouvernance et du
développement économique en Afrique s’est considérablement améliorée. Un
certain nombre de pays sont sortis des conflits. Cet état des choses, ajouté à
la croissance économique mondiale, à une demande plus importante et à des prix
plus élevés, a fait connaître au continent une meilleure performance économique
depuis plusieurs années, la croissance atteignant jusqu’à 5,1% en 2004.
La croissance annuelle de 2,5% notée dans la production agricole, n’est
cependant pas suffisante pour devancer le taux de croissance démographique de
la population africaine (qui est l’un des plus élevé au monde) dans un
continent qui doit également faire face à la dégradation de l’environnement,
aux guerres civiles et aux problèmes de santé tels que le paludisme, la
tuberculose et le VIH/SIDA. La prise de conscience qu’un progrès beaucoup plus
rapide est requis s’illustre dans la Vision Africaine énoncée par l’UA-NEPAD de
parvenir à une croissance annuelle de 6% de productivité agricole d’ici 2015.
Les pressions exercées pour atteindre cet objectif ont conduit à plusieurs
innovations institutionnelles importantes dont le Programme Intégré pour le
Développement de l’Agriculture en Afrique (PIDAA) de l’UA-NEPAD qui est soutenu
par un Cadre intégré pour la Productivité Agricole en Afrique (FAAP). Le
FAAP offre des directives et des critères conçus pour encourager les
bailleurs de fonds et les acteurs de la recherche et du développement agricole
en Afrique à travailler en harmonie au rythme et dans les délais requis
pour réaliser la Vision Africaine.
Dans un secteur aussi complexe caractérisé par des contextes sociaux,
économiques, environnementaux et politiques très diversifiés, il n’y a pas de
remède. Pour atteindre les augmentations requises de productivité, il faudra
des améliorations soutenues des capacités humaines et institutionnelles ainsi
que des politiques qui encouragent l’innovation dans tous les aspects de
l’agriculture et des industries et services connexes. Des volumes élevés
d’investissements seront aussi requis de tous les acteurs intervenant dans les
filières de la production à la consommation dont les décideurs politiques et
les partenaires au développement de l’Afrique. Il est donc nécessaire d’avoir
une stratégie pour assurer que l’Afrique acquiert la capacité nécessaire à
l’innovation agricole.
La décision de créer le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) a été prise en 1997 au cours de la dix-septième Session Plénière du Programme Spécial pour la Recherche Agricole (SPAAR), par l’ASARECA, le CORAF/WECARD, l’INSAH, la SACCAR et le SPAAR. Le FARA avait alors été envisagé comme un forum de facilitation et d’échange d’informations entre les organisations sous-régionales (OSR) et un organisme fédérateur chargé de représenter l’Afrique sub-saharienne (ASS). Au cours de la Semaine africaine des Sciences Agricoles de 2000 (qui s’est tenue à Conakry en Guinée), il a été convenu que:
• Le SPAAR serait transformé pour donner lieu au FARA, une entité qui servirait les intérêts des trois OSR et des SNRA parties prenantes, avec un Secrétariat permanent situé en Afrique; et
• Que le Secrétariat du SPAAR devait gérer le processus de transition.
Encadré 1. Objectifs et thèmes du Plan stratégique 2002 – 2012 du FARA
Objectifs
Thèmes
La FAO a accepté d’abriter le Secrétariat du Forum dans son bureau régional pour l’Afrique à Accra au Ghana.
Le processus utilisé pour créer le FARA a été ratifié au cours de la Réunion Plénière SPAAR/FARA de 2001. La première Assemblée générale du FARA (juillet 2002, Maputo) a ratifié la nomination du Dr. Monty Jones en tant que Secrétaire exécutif, approuvé le premier programme de travail du FARA et initié les discussions avec les bailleurs de fonds et les partenaires scientifiques sur les arrangements de financement et de partenariat requis pour faciliter la mise en œuvre du programme de travail. Cette Assemblée avait également approuvé le programme de travail qui se focalisait sur cinq objectifs et cinq thèmes (voir encadré 1).
La toute première action que le FARA a menée avec le concours du SPAAR (avant sa dissolution) était d’offrir un leadership dans la formulation de la Vision de la Recherche Agricole Africaine, qui a été aujourd’hui adoptée par le NEPAD en tant que vision pour le Programme Intégré de Développement de l’Agriculture en Afrique (PIDAA).
La 2ème Assemblée générale du FARA (mai 2003, Dakar) a décidé que le FARA devrait pour l’instant se pencher sur les trois premiers thèmes indiqués dans l’encadré 1. Les évènements principaux de cette Assemblée générale ont été les réunions parallèles et le débat en plénière sur le rôle du FARA dans le domaine de la biotechnologie. Il a été demandé au Secrétariat du FARA de préparer un rapport sur les résultats des consultations de parties prenantes sur les questions relatives à la biotechnologie et à la biosécurité au cours de la prochaine Assemblée générale.
La 3ème Assemblée générale du FARA (juin 2005, Entebbe) a approuvé le programme de travail 2006 du FARA qui s’est penché sur les trois premiers thèmes contenus dans le Plan Stratégique 2002 – 2012 du FARA. Il faut néanmoins noter que de plus en plus de voix se sont élevées au niveau de l’assemblée pour que le FARA se penche sur les questions qui posent problème à la diffusion des nouvelles technologies et pour qu’il réponde au rapport de consultation sur la biotechnologie qui a fait pression pour que le FARA joue un rôle dans la promotion de politiques communes sur le continent en matière de biotechnologie et de biosécurité. L’assemblée a également demandé au FARA d’accorder plus d’attention aux questions relatives aux politiques et aux marchés. Le programme de travail du FARA pour 2005 – 2008 a été approuvé et ces éléments ont été en partie pris en compte dans le cadre des thèmes de plaidoyer, de partenariat et de connaissances.
L’histoire du FARA se caractérise donc par l’implication active de ses parties prenantes dans le choix du programme d’action. Le FARA est également guidé par le Programme Intégré pour le Développement de l’Agriculture en Afrique de l’UA – NEPAD (PIDAA); par ailleurs dans le cadre d’un accord qu’il a signé avec le NEPAD, le FARA a accepté d’assumer le rôle d’organisme chef de file du 4ème pilier du PIDAA (recherche agricole, diffusion et adoption de technologie).
Les besoins et exigences des paysans africains sont au centre de toutes les activités du FARA. Le FARA se penche sur ces besoins par le biais de son Plan Stratégique pour lequel l’Assemblée générale, assume la responsabilité ultime. L’Assemblée générale est composée de toutes les parties prenantes de la recherche et du développement agricole en Afrique et les membres constitutifs directs du FARA sont les organisations sous-régionales qui travaillent dans le domaine de la recherche et du développement agricole. Le Cadre pour la Productivité Agricole en Afrique (FAAP) explique comment le FARA apporte une valeur ajoutée aux OSR. La figure 1 décrit ces interactions.

Le présent Plan
Stratégique qui a été évalué et approuvé lors de la 4ème Assemblée générale du
FARA (du 10 au 16 juin 2007), se base sur la réévaluation de ce que le FARA a
réalisé en 2007 et du niveau qu’il a l’intention d’atteindre en 2016. Depuis la
création du FARA en 2002, l’Afrique et son industrie agricole dominante ont
connu un certain nombre de mutations profondes qui justifient le besoin
d’élaborer ce nouveau Plan Stratégique. L’encadré 2 présente quelques uns des
changements principaux qui affectent le contexte opérationnel du FARA.
Un des principaux changements notés depuis l’élaboration du premier Plan
Stratégique du FARA (2002 – 2012) c’est l’approbation par les Chefs d’Etats et
de gouvernements africains du PIDAA en tant qu’outil pour focaliser les efforts
vers la réalisation de la Vision Africaine et celle du FAAP en vue d’atteindre
ensuite les objectifs du PIDAA. Le nouveau Plan Stratégique doit être conforme
à ceux de l’ASARECA et du CORAF/WECARD et avec les futures stratégies des OSR
de l’Afrique australe et de l’Afrique du nord.
Encadré 2. Changements majeurs survenus en Afrique et dans l’agriculture en Afrique auxquels le FARA doit répondre
Les changements qui se sont déjà produits ou qui sont en cours:
Les changements prédits au cours de la durée de cette nouvelle stratégie
(2007-2016)
Le mode de fonctionnement du FARA et des OSR a également changé depuis le premier Plan Stratégique du FARA (2002-2012). Le nouveau Plan Stratégique prend en compte le renforcement des OSR ainsi que le nouvel engagement au principe de subsidiarité contenu dans le PIDAA et le FAAP.
Les principaux acteurs envers qui le FARA et ses OSR sont engagés sont les systèmes nationaux de recherche agricole composés des INRA, des OSC, des organisations de producteurs agricoles, des organisations communautaires et des entreprises du secteur privé. Afin de permettre à ces différents acteurs de travailler de façon cohérente, des approches holistiques de systèmes d’innovation ont été adoptées. Le nouveau Plan Stratégique du FARA doit par conséquent chercher à faciliter les changements institutionnels et le renforcement des capacités requises pour renforcer la capacité de l’Afrique à l’innovation agricole.
Au cours de ses cinq années d’existence, le FARA a gagné en terme de compréhension de ces éléments clés qui sous-tendent le développement agricole en Afrique notamment les facteurs de productivité, la gestion des ressources naturelles, les marchés et les politiques. La reconnaissance de la nécessité de relier ces différents composants sous-tend le nouveau Plan Stratégique. Plusieurs questions transversales comme le genre, le VIH/SIDA et la durabilité sont également intégrés à ce Plan.
Avec autant d’institutions relativement jeunes et un changement rapide de l’ordre mondial, il est probable que le rythme de changement dans le secteur agricole africain ne fera que s’accélérer. Il est par conséquent très important que le nouveau Plan Stratégique soit formulé de façon à donner au FARA la flexibilité qui lui est nécessaire pour répondre à ces priorités tout en restant focalisé.
Depuis sa
création en 2002, le FARA a été en mesure de formuler un certain nombre
d’initiatives africaines à travers les consultations menées auprès de ces
parties prenantes.
Le FARA a signé un Protocole d’Accord avec l’Union Africaine, renforcé ses
relations avec le NEPAD et participé à la formulation de sections clés du
Programme Intégré de Développement de l’Agriculture en Afrique (PIDAA). Le
NEPAD a donné mandat au FARA de diriger le 4ème pilier du PIDAA.
Dans le cadre du PIDAA, le FARA a facilité des consultations qui ont permis de
formuler le Cadre pour la Productivité Agricole en Afrique (FAAP) qui contient
les principes pour l’évolution des programmes de productivité agricole en Afrique.
Le FARA a également organisé plusieurs ateliers, consultations et conférences
visant à accroître la capacité de l’Afrique à l’innovation agricole.
Au cours des cinq dernières années, les organisations sous-régionales de
recherche se sont considérablement renforcées et de la mise en œuvre à partir
de réseaux fixes elles ont glissé vers une approche programme plus
flexible qui utilise une mise en réseau plus réceptive. Ce processus a eu une
influence importante sur le PIDAA et les principes élaborés par le FARA dans le
FAAP.
Avec le concours d’autres organisations, les activités de plaidoyer du FARA ont
permis d’encourager les gouvernements à investir davantage dans la recherche et
le développement agricole. Entre 2000 et 2001, les investissements moyens dans
la recherche et le développement agricole en Afrique ont connu une augmentation
qui est passé d’environ 2% à 4% des budgets nationaux. Suite à la déclaration
de Maputo par les gouvernements africains dans laquelle ils se sont engagés à
augmenter leurs investissements dans l’agriculture à 10% des budgets nationaux,
la preuve existe que ces investissements ont, en effet, augmentés comme
l’illustrent les exemples des plans de la Zambie visant à accroître les
allocations budgétaire à l’agriculture de 8% d’ici 2010; les plans du Malawi
d’allouer jusqu’à 12% de son budget national à l’agriculture, à la sécurité
alimentaire, à l’irrigation ainsi qu’à son département des eaux; et le
lancement par le Kenya du Programme Kenyan pour la productivité agricole qui
allouera un montant de plus de 60 millions de dollars américains à
l’agriculture. A la tête de ses efforts, se trouve le Mali qui en 2006, s’est
engagé à allouer jusqu’à 14% de son budget national à l’agriculture.
Le FARA a également élaboré et mobilisé des ressources pour la mise en œuvre du
Programme Challenge pour l’Afrique Sub-saharienne (PC ASS). Le FARA a initié
une évaluation des capacités des SNRA qui a conduit à la formulation du
Programme pour le renforcement des capacités pour la recherche et le
développement agricole en Afrique (SCARDA). Le FARA a également élaboré
plusieurs autres initiatives qui contribueront à la réalisation des objectifs
du NEPAD. Ces initiatives ont le potentiel d’intensifier de façon significative
la capacité de l’Afrique à l’innovation dans le secteur agricole. Elles sont
toutes menées dans le respect du Plan Stratégique du FARA (voir la liste des
activités en annexe 3).
Le FARA est mieux placé que les OSR pour être le
porte-parole de l’Afrique au niveau du Forum mondiale pour la recherche
agricole (GFAR) et des autres forum internationaux sur la recherche et le
développement agricole et pour suivre les engagements pris au niveau de l’Union
Africaine et autres institutions régionales africaines de haut niveau. Le FARA
sera également plus efficace dans le plaidoyer pour un financement accru et
mieux harmonisé provenant de sources africaines ou non en particulier en ce qui
concerne les agences qui financent les projets multilatéraux. Le mandat
continental du FARA fait qu’il lui est facile de synchroniser les méthodologies
et les donnés et d’améliorer l’accès à la connaissance et aux technologies
capables d’accélérer l’innovation. Le FARA est également mieux à même que les
OSR de répondre aux analyses de politique et de marché au niveau continental.
Le mandat continental du FARA et ses relations mondiales facilitent
l’harmonisation des approches utilisées pour renforcer la capacité pour
l’innovation agricole à tous les niveaux. Ils ouvrent également la voie pour le
renforcement des partenariats entre les institutions africaines ou non
intervenant au niveau de la recherche et du développement, et relient l’Afrique
à d’autres forums à travers le GFAR.
Au fil du temps, l’avantage comparative du FARA par rapport aux OSR et à
d’autres acteurs, changera. Le FARA maintiendra cependant la flexibilité
nécessaire pour pouvoir s’adapter. Le FARA cherchera à déléguer les fonctions
pour lesquelles d’autres organisations ont un avantage comparatif afin que le
Forum puisse continuer à se focaliser sur les fonctions pour lesquelles il est
mieux placé.
